Interview : Globe Audio Mastering

Globe Audio Mastering - Alexis Bardinet

J’ai le très grand plaisir de vous livrer une interview de M. Alexis Bardinet qui a monté le studio avec Bertrand Reboulleau, et travail en tant qu’ingé mastering au studio Globe Audio situé à Bordeaux.

J’ai rencontré Alexis à deux reprises au studio pour masteriser « Ouvre-moi » et « Libre comme l’ombre », deux albums de mon groupe de Rock Français Piège à Rêves.

J’en garde de très bons souvenirs, autant au niveau du son, Alexis à une oreille incroyable et un studio haut de gamme avec du matériel et un traitement acoustique du tonnerre ! Que du côté humain, le courant est très bien passé j’aime beaucoup son approche, sa vision des choses et sa pédagogie. J’ai un immense respect pour l’humain et le technicien. Il m’a guidé plus d’une fois dans mes choix, il répond encore une fois présent malgré un emploi du temps plus que chargé. Et il nous apprend encore beaucoup : merci.

Avant tout si tu souhaites en savoir plus sur le mastering je t’invite à lire mon article sur qu’est-ce que le mastering ?


Alexis quel est ton parcours ? Comment en es-tu arrivé là ?

Mon père est musicien de Jazz, il y a toujours eu beaucoup de musique à la maison, et moi aussi je suis musicien, j’ai fait énormément de batterie. J’ai fait une école de musique, j’ai fait un peu de piano. J’ai commencé très jeune parce que mes parents avaient des studios de répétition de musique. J’ai vécu jeune à Paris et après on est venu s’installer à Bordeaux. J’ai commencé à jouer 4h de batterie par jour, j’avais différents groupes avec des copains, je jouais aussi avec des groupes qui passaient quand il n’y avait pas de batteur.

Et puis j’ai commencé à enregistrer au fur et à mesure les groupes qui passaient. Il y avait le fils de Coltrane qui est passé une fois, Ravi Coltrane. Il allait faire un concert dans la région et il avait besoin de maquette. Il y avait une petite table 4 voix avec un appareil à K7, et un petit REVOX pour enregistrer, très vite ça m’a passionné. J’ai très vite acheté du matériel, un Fostex X26, 4 piste K7, j’avais 14 ans et c’était mon premier achat de studio. Après je suis passé au Tascam 644, 8 pistes K7 et ensuite au Fostex R8, 8 pistes à bandes.

Là on mixait sur la bande avec une console 8 voix, ensuite j’ai acheté un DAT. À 18 ans j’avais déjà un petit studio d’enregistrement qui me permettait de faire les maquettes des groupes qui venaient dans les salles de répétitions pour leur concert. Et puis j’ai enregistré tous les copains que je croisais au lycée et à la FAC.

J’ai Fait un IUT de logistique parce que mes parents étaient un peu inquiets, ils connaissaient les difficultés de ce métier. À cette époque j’aimais tellement la batterie que je pensais même à être musicien, mais plus j’avais de groupes plus j’avais envie d’enregistrer et plus ce côté-là me fascinait et je me suis rendu compte que je me sentais plus à ma place en tant qu’homme de l’ombre.

Et donc suite à mon IUT j’ai postulé dans plusieurs écoles et j’ai été pris à Novocom à Paris qui donnait un diplôme de Technicien Supérieur du Son. C’est là où la passion a encore grandi et c’est là où j’ai rencontré Bertrand Reboulleau, mon associé, avec qui on avait monté un groupe de Rhythm and Blues. On a fait beaucoup de concerts et suite à ça, j’ai eu la chance de faire un stage à Translab en Mastering, puis j’ai été pris comme assistant et puis j’ai aussi travaillé comme assistant mastering au studio Universal Music.

En 1997 on a déménagé à Bordeaux, d’abord dans un petit appartement qu’on partageait et il y avait une des chambres que l’on avait transformées en studio. C’était une pièce de 8 m2 on avait installé un Sound Forge et une paire d’écoute.

C’est l’époque où je faisais encore beaucoup d’enregistrements en mobile, on faisait de la prise et du mixage. Notre petit studio dans la chambre nous servait pour finaliser les projets. On a commencé à faire des tournées et à faire des disques. On a fait la tournée du Quintet Prokofiev du groupe de Rhythm and Blues les Doo The Doo de Quimper. Et de fil en aiguille notre petit studio a commencé à être utilisé par des gens de l’extérieur, parce qu’il n’y avait pas de studio de mastering en province.

C’était une alternative technique, mais aussi économique parce que ça coutait bien moins cher que d’aller à Paris. Et à partir de 1999 on a trouvé nos locaux actuels de 200 m2 près de la gare qui était un entrepôt abandonné. On a monté d’abord la petite cabine et en 2005 on a monté la grande cabine. C’est 1 an et demi de conception et 2 ans de travaux. Plusieurs centaines de milliers d’euros de traitement acoustique.

C’était un pari un peu fou, mais l’idée était d’offrir la meilleure cabine de mastering possible sur ce plateau avec un traitement stéréo et 5.1 un peu ultime. Et on avait assez peu d’outil on a tout fait au fur et à mesure.

À partir de 2007 je n’ai plus fait que du mastering, et après tout s’est un peu accéléré avec les disques d’or les disques de platine. Il y a eu beaucoup de tests que j’ai gagné, de plus en plus d’étrangers qui allaient dans de prestigieux studios de mastering en Angleterre et aux Etats-Unis ont découvert Globe Audio. J’en fais encore pas mal et c’est comme ça qu’il y a eu tous les derniers trucs, Mylène Farmer

Ça nous a un peu satellisé et mis en avant sur la scène du mastering. Et maintenant je ne peux plus masteriser tout ce que je reçois parce que j’ai tellement de demandes que je fais un tri, j’essaie de travailler avec des gens qui sont des fidèles, des habitués. Et j’ai monté un réseau autour de moi pour faire ça…

Studio d'enregistrement
Globe Audio Mastering

Peux-tu nous expliquer en quelques mots ce qu’est le Mastering ?

J’aime bien dire que c’est le vernis final, c’est ce qui va permettre de finaliser un projet de lui donner des chances commerciales ou radiophoniques. Il s’applique aux bandes-sons de film, à la pub, bien évidemment au disque, au streaming et au vinyle. Il y a une grosse demande en vinyle en ce moment.

La différence entre les systèmes de mastering automatiques type LANDR ou le mastering aux plug-ins et un vrai mastering est tellement extrême. Les échecs commerciaux ont été tellement douloureux, parce que le mastering automatique produit des choses difficilement écoutables, que les gens se rendent compte de l’importance d’un vrai mastering. Souvent les artistes ont déjà fait leur pré mastering avec leur ingénieur du son. La plupart du temps ce n’est pas trop mal, on a cette base là pour bosser.

Même si à l’échelle de ma cabine j’ai des tarifs ultras compétitifs par rapport à mes concurrents, ils sont quand même 4 à 7 fois plus cher que moi, ça représente un coût. Maintenant à l’échelle de la musique, mettre 1000 € sur un mastering tu as intérêt qu’il y ait une plusvalue. Je n’aurais pas des groupes tous les jours, j’ai des ingés son qui sont venu pour 30 ou 40 albums parfois. Des artistes comme Romain Humeau, Noir Désir, ce sont gens avec qui on a fait des heures de mastering. Noir Désir je crois que c’était 1 mois et demi. Si tu ne fais pas une plus value et s’il y avait un moyen de faire autrement, on ne le ferait pas.

Pour moi ta question ça serait un peu comme si tu disais que finalement on est tous vidéastes parce qu’avec nos téléphones on peut faire des films. Je pense que ce n’est pas demain la veille que moi je serais capable de faire un film ou faire des belles photos parce que je n’ai pas l’expérience… Tout le monde est capable d’enregistrer mixer masteriser maintenant. Il y a une nouveauté par rapport à mon époque. Mais la spécialisation et la professionnalisation de la chose quand c’est fait dans les règles de l’art, ça fait quand même une énorme différence.

Pour moi c’est un peu la cerise sur le gâteau, c’est l’opération on ou va sublimer le mix avec toujours la même règle, meilleure est la base meilleur sera le mastering. On a beau avoir des outils incroyables… on ne fait pas non plus de miracles si la matière n’est pas au point. C’est ça qui va souvent entraîner des déceptions, ou des incompréhensions sur le mastering.

C’est pour ça que ça m’intéresse aussi de travailler avec quelqu’un comme toi qui expliques tout ça. Parce que je pense que les gens ont besoin de comprendre que si tu n’as aucune notion de son, que tu mixes dans ta chambre et que tu envoies au studio de mastering, et que tu paies un mec à l’autre bout de la terre en disant c’est cool il a fait Nirvana, je pense que tu vas être très déçu.

Souvent les gens se posent la question du studio de mastering, des références… Mais ils ne se posent pas la question de ce qu’ils envoient et de ce qu’ils ont donnés à l’ingé de mastering. C’est beaucoup du name dropping, qui a fait quoi ? Je suis forcément rentré là-dedans, parce que j’ai fait tellement de disque et que les personnes veulent le son que je fais. Des fois je les refuse parce qu’ils fantasment un son qu’ils ont aimé que j’ai fait, ils pensent qu’on va obtenir un peu le même résultat alors qu’ils me donnent une matière qui n’est absolument pas exploitable. Et ils n’en ont même pas conscience.

C’est un peu le problème parfois. J’essaie de faire comprendre que la base du résultat final, ce sont eux, les musiciens, leur justesse, leur touché, leur dynamique de jeu. Et le feeling qu’il y a entre les musiciens et l’ingé son, entre les musiciens et le lieu. On ne peut pas tout faire en studio, le travail en amont est primordial. On ne fait pas de la bonne cuisine avec de mauvais ingrédients. Et pour le mastering c’est pareil ils veulent envoyer leur morceau à Londres, à New York dans des grands studios de mastering, mais l’important c’est la matière première et l’échange…

Effectivement ils n’ont pas toujours compris l’essentiel. Pour moi ce qui a un peu changé ces dernières années c’est que beaucoup d’albums qui ont été fait dans des gros studios comme ça qui ont étés envoyés. Les gens ne se sont pas déplacés ils n’ont pas eu de retour, aucun contact.

Finalement ça ne leur convient pas ils font des tests et on arrive à dépasser ce qui est fait. Pour moi les tests c’est la meilleure façon de me mettre en avant, on l’avait fait en 2006 sur Noir Désir en concurrence avec les plus gros studios de Mastering Français et les plus gros studios de Mastering Anglais. Et on avait remporté à l’aveugle. Souvent les gens ne vont pas avoir conscience de l’acoustique, de la technique… Et pour moi ça reste le meilleur moyen de convaincre.

mastering
Globe Audio Mastering

Quels sont tes meilleurs souvenirs avec les artistes ?

En 20 ans un album par jour c’est difficile à dire. Mais plusieurs trucs, je suis reconnaissant de Noir Désir parce qu’ils nous ont laissé notre chance. Je suis content d’avoir récemment des projets où l’on ne m’attendait pas, La Tortue Rouge ça m’a donné une notoriété parce que c’est un film qui a marché dans le monde entier.

Ça fait aussi 3 ans que je collabore avec Ibrahim Maalouf sur des lives en stéréo et en multicanal, forcement bosser avec un artiste comme ça c’est super. D’avoir travaillé avec SCH ça m’a aussi donné une visibilité sur le Hip Hop et la Musique Urbaine, où l’on ne me voyait pas forcément dans ce style.

Tout ça c’est des grands noms, mais je te dirais aussi que mes meilleurs souvenirs ça va être par exemple, un petit groupe de rock vient au studio pour son premier EP. Il devait penser qu’il y avait plusieurs ingés, et il me demande dans la matinée. Est-ce que ça serait possible de nous présenter le mec qui fait les disques de Noir Désir. Tu vois ça, ça m’a fait plaisir, ça m’a touché.

Comme dernièrement j’ai fait le live de Mylène Farmer, et ça m’est arrivé d’avoir des petites chanteuses qui font leur première track, et de venir ici et de voir que je m’occupe d’elle, et que c’est la même personne qui fait avec le même soin la même passion, et bien tu vois que tu touches. Et ça j’ai mis du temps à m’en rendre compte, c’est peut-être aussi le secret d’ici. Ça permet aussi peut-être d’avoir des rapports un peu plus humains.

Ce sont les deux côtés, je suis très fier des nombreux disques d’or et de platine obtenus je ne m’en cache pas, mais je suis tellement passionné que je suis aussi hyper content de travailler avec des « petits artistes », ça permet de redescendre un peu et de travailler avec des artistes historiques de Globe Audio, parce qu’humainement il y a aussi beaucoup d’émerveillement, de fraîcheur. Et ça, ça compte énormément, même si ce n’est pas forcément la musique que tu vas affectionner.

Quelles sont tes références musicales ?

J’ai fait beaucoup de batterie, du coup j’ai beaucoup écouté de musique de batteur étant jeune. Mais j’étais un immense fan des Beatles. Après j’aime beaucoup tout ce qui est Soul, le Funk, la Mowtown tout me plaît. Marvin Gaye, The Tempations, Stevie Wonder. Mais aussi toute l’histoire du label, la musique qui a été faite là-bas, ça a démarré de ce côté parti de rien… Mais j’ai une culture assez large et populaire, ça ne me gêne pas d’écouter à la fois de la chanson française, Alain Bashung, Jacques Brel, Léo Ferré, quand j’étais jeune j’écoutais Renaud.

Quand je faisais de la batterie j’écoutais des groupes comme Earth Wind and Fire. Pas mal de Rap Américain, Dr. Dre, Tupac, Warren G Du métal aussi j’ai eu une grosse période Metallica. Vraiment j’écoute tout, mon père étant dans le Jazz, j’écoute aussi pas mal de classique j’ai eu cette culture-là. Aussi Dire Straits, et Sting de l’époque de Police jusqu’à maintenant.

Mais j’aime la musique au sens large, je me lève le matin j’écoute de la musique, en vélo j’écoute de la musique, j’arrive à Globe Audio j’écoute de la musique, je rentre chez moi la première chose que je fais je mets un disque ou un vinyle. J’en fais une grosse consommation et sans que ce soit dans un truc sectaire.

Et pour faire une parenthèse, le fait de faire de la musique et du son toute la journée c’est « finger in the nose », par contre, les pressions bancaires, l’organisation, gérer les formats, les calendriers l’administratif c’est moins fun…

Et tes références audio, quels sont tes albums ?

Là, question trop difficile, j’aime tout, j’adore des albums de Supertramp, de Queen… Question trop vaste et puis moi je suis bon public, ça m’arrache pas les oreilles d’écouter Daniel Balavoine, ou Michel Berger. Et je trouve toujours des trucs intéressant dans les prods, j’aime trop la musique pour te répondre…

J’aurais beaucoup de mal à te dire un disque à emmener sur une île déserte. C’est ça que j’adore avec le streaming maintenant : c’est d’écouter tout, tout le temps et de revenir sur des albums que j’écoutais quand j’étais jeune. Et j’ai ce côté ou même si j’écoute un album en boucle 8 fois ou 10 fois ça ne me gêne pas, je n’arrive pas à m’user, je ne me lasse pas de ça ! Je te répondrai : je ne peux pas te répondre

Qu’est ce-que tu préfères masteriser quel style ?

Tous les styles, et des fois je fais des trucs très populaire de la variété et même si ce n’est pas ce que j’écoute le plus, ce n’est pas si facile que ça à faire sonner. J’ai fait Jenifer, j’ai fait Claudio Capéo, j’ai fait Hoshi, le single de Carla Luciani la Grenade, il y a eu Julien Doré, Patrick Sébastien. Je ne suis pas dans un truc d’élitisme, j’essaie à chaque fois de trouver par rapport au public qui va écouter et ce que l’artiste représente, ce qu’il faudrait comme son et qu’est-ce qui va aider le projet ?

Quand tu fais de la musique de club qui est quand même moins ma culture, arriver à bien la faire sonner c’est un challenge. J’ai fait plusieurs disques pour enfants aussi et c’est un challenge aussi. Et quand tu fais ce métier il faut être au service de la musique, moi je ne suis pas un artiste, mais je suis au service des artistes.

Je fais une sélection sur le côté technique, je ne fais pas de sélection sur le côté artistique. C’est le métier d’une vie d’arriver à bien faire sonner un disque. Il n’y a pas un disque, et j’en ai fait des milliers, ou j’écoute et je me dis wahou c’est super. Il y a des disques que je réécoute je me dis c’est chouette, c’est réussi, mais ce n’est pas pour autant que je me dis que j’ai trouvé le truc ultime ou que je sois au sommet, que je n’ai plus rien à apprendre. Et donc il faut faire le mastering de tout et ne pas se cantonner à un style.

Et en effet j’ai eu la chance d’avoir les BB Brunes, Cocoon, Michel Jonasz, Jean-Louis Murat, Lofofora, Sidilarsen, Michel Legrand, Tiken Jah Fakoly… d’avoir cet éventail de références c’est bien. Un groupe de Reggae arrive ici il voit des trucs qui leur parlent, un groupe de Rock, un groupe de Métal, un groupe de Chanson, un groupe de Variété, ils sont rassurés. Ça permet de conforter les gens dans ce que tu peux faire, et quand tu as vu ça la grande partie du job est faite. Parce que tu ne rentres plus dans cette guéguerre de justification, de comparaison, tu es beaucoup plus libre…

Globe Audio Mastering

Parlons techniques sur quel système travailles-tu ? (Software, logiciel)

On est fervents défenseurs du système Pyramix, on a des interfaces Horus. J’avais une horloge Atomic Antelope, je suis passé sur l’horloge des Horus. La qualité de l’horloge et des convertisseurs Merging sont exceptionnels. Même si j’utilise toujours en convertisseur pour la partie numérique des Lavry Gold, le Quintescence en DA et le Gold en AD.

Après en numérique j’utilise la TC Electronic M6000 en 5.1, et j’ai aussi un arsenal Weiss, égaliseur en dynamique en linear phase, le DNA-1, le DS1, on a 6 machines en tout, ce sont des machines qui ont un certain prix mais qui ont une qualité de son exceptionnelle, j’utilise beaucoup ça.

Et c’est vrai que j’utilise très peu les plug-ins, j’ai gardé cette approche de faire un truc 100 pour 100 hardware, essentiellement analogique. Avec quelques touches numériques avec un EQ dynamique qui permet de travailler en M/S (Middle/Side) comme avec les Weiss, je déesse les voies en dynamique comme je le veux.

On en revient avec les différences analogiques numériques, la différence c’est que je vais gagner sur un mix entre 10db et 15db. C’est à peu près ce qu’aurait gagné le mec avec un limiting en interne, sauf que derrière lui il a complètement sacqué la dynamique, il n’y a plus de bas, il y a beaucoup de médiums aigus. Ici ça sort et il y a ce niveau là, mais il y a de la dynamique, du punch, de la chaleur.

Quelle est ta chaîne audio ? (Conversion, égalisation, compression)

Console Maselec MTC-1X, j’adore les outils Maselec, j’ai les EQ MEA-2, j’ai le déesser MDS-1, le multibande compresseur / expandeur MLA-4. Ce sont des machines peu colorées, mais qui offrent une puissance de feu phénoménale. J’ai beaucoup d’outils de coloration qui sont les Tube-Tech j’ai le multibande SMC2B, le HLT2A en version mastering, j’ai du API 5500, j’ai le Manley Vari-mu et le Massive Passive que j’utilise énormément.

Après j’ai des machines plus coloré le ES-8 de Pendulum, le PL-2 en limiting. J’ai aussi Bettermaker un outil de limiting qui m’offre pas mal de possibilités. J’ai le Dangerous Music Compressor, Elysia en égalisation. Et puis des machines typées comme l’EQ vintage Neumann W495, j’ai aussi un émulateur de bande Anamod-ATS1 et puis je tourne aussi des fois les mixs sur les magnétos. J’ai beaucoup d’outils…

Quelles sont tes écoutes monitoring studio?

J’ai toujours les M3 de Dynaudio qui sont passive avec un système de filtrage et de diffusion multicanal, un gros système. Et après en proximité j’ai changé, j’ai écouté une vingtaine de paires d’enceintes pendant 1 an et demi. Avant j’avais les Genelec 1030 et je suis passé sur des Unity The Rock et ça c’est extra. Et j’ai des APS qui me servent de gros système dans le studio B. Et j’ai toujours mes petites Créative multimédia.

J’ai franchement beaucoup flashé sur les ATC en terme de rendement dans le bas et dans l’aigu, mais elles étaient un peu trop chargé dans le bas : donc pour du mixage je trouve ça mortel, ce sont des enceintes de rêve. Mais j’en suis un peu moins fan sur le mastering parce que beaucoup de bas, j’avais peur un peu de mal équilibrer.

Je suis plus à l’aise avec les Unity, et je me suis toujours un peu méfié des écoutes un peu trop « audiophiles ou bonnes » type BW ou PMC. Ce sont des systèmes incroyables qui marchent très bien, le problème c’est que quand tu écoutes sur ces enceintes-là tu es vite satisfait et ça te pousse moins à travailler. J’aime bien les systèmes durs, Unity c’est hyper dur avant que ça sonne, par contre quand ça marche bien, ça marche bien !

Et le traitement acoustique dans tout ça ?

C’est ce qui fait aussi le son ici et je m’en suis rendu compte. La grande cabine c’est 75 m2 de plateau au sol, il en reste 30 m2. Il y a des couches croisées de placo qui ont des épaisseurs différentes montées sur des armatures en fer avec du liège derrière. 4 tonnes de plâtre, 300 kg de sables derrière les enceintes et 2 m d’épaisseur de laine de roche. La dalle est désolidarisée du sol. Et derrière tu as du tissu acoustique Texaa Vibrato, des diffracteurs RPG, des diffuseurs au-dessus du point d’écoute. On est sur de gros investissements.

Pour ne pas te laisser sur ta faim et pour revenir sur les albums de références je vais quand même te répondre et je vais être joueur, je te dirais Dr Dre 2001, Thriller de Michael Jackson, et puis Rage Against the Machine album Rage Against the Machine. D’ailleurs ce sont des albums tu les écoutes ici, ça remue sévère !

Dois-tu toujours investir aujourd’hui dans le matériel ? Il-y-a t’il pour toi encore une évolution au niveau matériel (hors numérique) ?

Non je pense qu’au niveau matériel aujourd’hui on a atteint un peu le Graal, par contre il faut l’entretenir… Ce que je voulais dans mes rêves les plus fous finalement on y est arrivé au prix de sacrifices, sur d’abord nos rémunérations, on bossait la semaine, les week-ends avec presque pas de vacances, et puis maintenant encore je fais énormément d’heures par semaine. On a commencé en 1997, c’est 20 ans de guerre et ça l’est toujours.

Après il y a toujours des trucs, Shadow Hills le compresseur j’aimerais bien l’essayer ! Le comparer peut-être avec le Manley. Je m’intéresse aussi à un bel équaliseur de mastering de chez Fearn, il y a Vacuvox qui font deux compresseurs de mastering qui sont bien. Mais on est sur des investissements de 15000 € à 20000 €…

Penses-tu qu’il y a toujours une guerre des volumes (Loudness War) aujourd’hui ? Est-il difficile de trouver le bon compromis entre volume et dynamique ?

Je pense qu’on est peu au bout de ça, parce qu’en soignant ton mastering en analogique à obtenir du niveau avec de la chaleur de la dynamique tu règles un peu ce problème-là Parce que tu n’as plus besoin de rentrer dans la lutte.

Les normes de compression changent-elles en fonction du style musical ? Par exemple l’électro et le rap doivent sonner fort, alors que le jazz doit rester naturel ? Est-ce une fausse idée ?

Bien sur, tiens j’ai fait l’album VLIVS de SCH et le vinyle de The Blaze – Territory, ça m’a fait plaisir ça m’a donné beaucoup de retour parce que les gens m’ont dit putain, il est fort, c’est puissant, il y a des basses énormes, il y a de l’aigu sans que ça agresse et pourtant c’est chaud. Et si j’ai réussi à donner ça, c’est ce que j’ai voulu faire.

Bien évidemment que sur le dernier Lofofora, ce sont des disques où l’on va chercher à avoir un certain niveau. Là je bosse sur Bigflo et Oli ils me font travailler sur les nouvelles prods qu’ils réalisent. On travaille avec Lombre, avec Laucarré, ce sont des artistes qu’ils produisent, on est aussi dans une recherche de niveau, de puissance.

Mais j’essaie toujours de ne pas faire ça au détriment du son. Souvent c’est fait avec des mauvais outils, avec des plug-ins, avec le Waves Ultramaximiser en hardware. Plein de mecs ont ça en studio et bourrent là-dedans. Ce n’est pas un mauvais outil, mais c’est un outil qui détruit quand même beaucoup le son, et j’essaie de travailler différemment.

Te sers-tu encore de ton magnétophone à bandes Studer A810 pour le Mastering ?

Je m’en suis servi sur un projet qu’a fait Jean-Louis Murat, je m’en sers sur Noir Désir pas mal, un groupe de reggae qui s’appellent Ryon était venu avec des bandes 1/2 pouce. Là il y a plusieurs projets qui sont faits sur bandes et qui vont arriver. Donc ça m’arrive de l’utiliser…

Globe Audio Mastering

À l’heure où le disque est en déclin, quelles sont les perspectives de travail pour toi ? Ta vision de la musique dans le futur ? Tu fais aussi du film pour te diversifier, pour avoir du travail ?

Non j’ai toujours fait de la musique de film, un peu de pub, pour donner un petit support à côté. Mais j’ai la qualité ou le défaut, ça dépend comment tu le vois, d’être un incorrigible optimiste. Et c’est vrai que quand on a monté Globe Audio il y a 20 ans, on nous a dit : « montez un Kébab ou une Pizzeria ça marchera mieux. « 

Tout le monde nous disait que ce n’était pas possible de faire une cabine de mastering en province, et finalement plus on m’a dit ça, plus ça m’a motivé dans l’envie de faire quelque chose et d’y croire. Je ne nie pas la complexité et la difficulté de l’investissement personnel et physique.

Mais je vois exactement l’inverse : oui le marché de la musique est difficile, je suis réaliste, tous mes copains, ma famille sont musiciens, je sais très bien que le disque se vend moins. Mais nous par rapport à la prestation que l’on fait, avec notre conception de l’accueil, de qualité, de tarif et quand je commence à toucher du doigt le développement à l’étranger je suis à l’optimisme.

Je vois d’abord le développement du streaming parce que la HR (Haute Résolution) est en train de prendre de la place. Je vois que le CD ça fait presque 10 ans que l’on nous dit que ça disparaît et je réalise que les artistes produisent toujours des CD, que le vinyle a pris une place que l’on n’aurait pas imaginé. Dans les années 80 on l’a enterré, et en 2020 il y a des semaines où je génère 5 albums vinyles, c’est fou.

Si tu veux je n’écoute pas trop toutes ces sirènes-là parce que si t’écoutes ça tu ne fais plus rien, tu ne crois plus en rien et tu abandonnes. J’ai conscience de tout ça, mais j’essaie de voir le côté positifJe crois qu’il faut faire du travail de qualité, les artistes ont passés 2, 3, voire 9 mois à mixer, à ne faire que ça jour et nuit parce que c’est leur projet, et à l’arrivée il y a le mastering avec toute l’importance qu’il représente. Dans une journée on délivre les Wav, les mp3, les fichiers streaming HR, la DDPI avec une ISRC…

On verra ce que l’avenir nous réservera, je vois plus ici un développement, je m’entoure aussi de studios avec qui on collabore énormément, il y a beaucoup de studios ou de labels qui font tout passer ici. Donc ça donne une super image qualitative parce que les artistes sont rassurés de voir qu’avec certains ingés on a fait 30 ou 40 albums. Ça simplifie tout et moi je crois beaucoup à ce travail de réseau. L’accélération des 5 dernières années ici a été phénoménale et on est même un peu obligé de la contenir.

Parce que je veux continuer à soigner chaque projet, accueillir au mieux les gens. Mais je crois que la musique existera toujours, il faut aussi savoir se réinventer, il faut aussi vivre avec son temps. Travailler avec la fibre avec les serveurs on y est constamment, il faut accepter que le travail ait changé, que les exigences sont énormes qu’en effet les budgets sont serrés. Mais t’en plaindre ça ne fait pas avancer le schmilblick. Par contre faire du contact et développer du réseau ça j’y crois.

Tu parlais du streaming, tu ne vois pas ça d’un mauvais œil alors ?

Encore une fois je ne suis pas musicien, je comprends que c’est compliqué. Je trouve dommage qu’il n’y ait pas une meilleure rétribution aux artistes. Ce que j’aime moins dans notre époque c’est qu’il y a une espèce d’uniformisation, de standardisation des écoutes parce que tout est versé dans la même direction. Les radios programment toujours les mêmes titres il y a un truc fermé qui ne laisse plus beaucoup de place aux petits artistes.

Mais je vois aussi des artistes qui ont gardé leur indépendance et qui arrivent à innover, à créer du contenu qui donne envie d’investir, et je pense qu’il y a une façon de s’inventer aussi pour les artistes pour se différencier de ce qu’il se passe. Parce que ce qui arrive aussi c’est qu’il n’y a jamais eu autant d’artistes, de groupes qui veulent fonctionner, donc c’est sûr que pour se différencier c’est compliqué.

Mais pour avoir des enfants et voir comment ils font, je ne les ai jamais vu mettre un disque. Ça m’amuse des fois de leur faire mettre un vinyle pour rigoler. Mais ils n’ont pas cette culture d’aller écouter parce que pour eux la musique ça va être les clips sur YouTube, ou des abonnements sur du streaming. Il faut être à l’écoute de cette génération-là pour eux le concept d’investir de l’argent pour acheter un disque ça va être un peu compliqué. Mais il faut trouver un moyen de s’en sortir.

Pour moi la partie technique aura toujours du travail car elle fournit du contenu, mais en effet pour les labels ceux qui s’en sortent se concentrent aussi sur la tournée, le merchandising qui permet de compenser. Mais c’est sûr que ce n’est pas simple, parce que les groupes qui vendaient 15000 ou 20000 albums il y a 10 ans ont de la peine à en vendre 1000 maintenant. C’est une réalité, j’espère que ça va être régulé sur la rétribution

Pour les plateformes de streaming tu dois fournir un master spécifique ?

Oui ça nous arrive de donner des masters qui sont étalonnés à -13 ou -14 lufs.

Merci encore une fois de m’avoir accordé de ton précieux temps. Un petit mot pour la fin ?!

Pour te donner le mot de la fin, je suis tellement content d’être arrivé là, d’avoir fait tous ces disques et d’être parvenu à ce que je rêvais, même si dans un an ou deux l’aventure s’arrêtait, je me dirais que le jeu en vaut la chandelle et que c’est une super aventure… Et c’est là où tu vois qu’il faut s’accrocher à ses rêves et y croire et qu’il ne faut pas écouter toutes les sirènes parce qu’autrement tu ne fais rien. C’est peut-être ça le plus important.

Merci à bientôt autour d’une bonne bière !

Plus d’informations sur : https://www.globe-audio.com/



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